Christophe Drodelot, artiste peintre, Nantes, conférencier, Toit pictural, théoricien de la couleur

Photo : Sabine Mayer

« Les puissances vitales de l’artefact »

L’œuvre de Christophe Drodelot est polymorphe (peinture, dessin, volume, image numérique) et son engagement artistique pluriel (écrit, conférence, intervention). Pour l’artiste nantais, la pratique et la théorie, tout comme l’intuition et l’intellect, sont inséparables et constituent, ensemble, un puissant levier de création. Il ne s’agit ni de les opposer (cloisonnement), ni de nier leur différence (réduction), mais plutôt de les accueillir comme « des voies distinctes et complémentaires qui mènent à la matérialité de l’œuvre autant qu’à sa virtualité ». Leur tension fonde la richesse de l’art et leur irréductibilité sa résistance profonde.

C’est en étudiant la couleur que Christophe Drodelot – créateur de la « Boussole chromatique » – a découvert une interface entre matérialité et virtualité. La couleur physique se double d’une couleur métaphysique et cette complexité chromatique a imposé au peintre de repenser – à partir d’elle – les autres composantes picturales. Toutes les composantes picturales deviennent – à ce titre – des signes de force qu’il convient de traiter individuellement autant que conjointement afin de donner à chacune de ces composantes une expression singulière et à l’ensemble un sens commun (« comme un »).

« S’engager dans cette voie, c’est tenter de dépasser l’alternative insoutenable qui fait de toute divergence un fait opposable à l’harmonie » souligne l’artiste pour qui « la tentative de trouver les puissances vitales au cœur même d’un artefact, est apte à élargir notre expérience du monde ». Chacune de ses séries est, en ce sens, une recherche plastique consciencieuse qui vise, en même temps, une expression mystérieuse. De sorte que l’altérité picturale s’y épanouit dans un curieux circuit fermé où le conscient et le mystérieux se relancent mutuellement sans jamais se confondre.

Les séries « Variations », « Stries », « Chaosmos », « ZunN », pour ne citer qu’elles, constituent des expériences plastiques certes différentes mais où l’altérité provient toujours d’un jeu de relations plastiques complexes. Pour le peintre, ces relations constituent non seulement des expressions plurielles et spécifiques mais également des puissances anonymes et communes. Ce sont elles qui – « stratifiant le plan pictural tout en constituant, inséparablement, ses coutures » – sont au cœur du processus plastique et de l’expérience esthétique. Elles animent cet entre-deux et donnent aux œuvres de Christophe Drodelot le pouvoir de nous mettre en mouvement.